Trois publications du Département des Etudes, de la Prospective et des Statistiques autour des pratiques culturelles et de leur évolution
Par Catherine GOURIEUX • 27 mar, 2012 • Catégorie: Pratiques culturelles, Tous les articles • Imprimer cet articleLe DEPS vient d’éditer de façon très rapprochée trois synthèses relatives à des études consacrées aux pratiques culturelles sous trois angles différents. Une première étude s’intéresse à l’évolution des dépenses des ménages consacrées au poste culture-média sur la période 2001-2006 s’appuyant sur l’enquête INSEE dédiée au budget des familles. La seconde étude porte sur une enquête longitudinale conduite de 2002 à 2008 et réalisée auprès de 4 000 enfants de 11 ans à 17 ans. Pour interroger les questions de transmission des pratiques et des valeurs culturelles, les effets de l’avancée en âge, de l’origine sociale, du genre et des différents facteurs de socialisation sur la construction des goûts culturels sont analysés. Une analyse rétrospective sur la période 1973-2008 de l’enquête sur les pratiques culturelles des français conduite par Olivier Donnat en cinq éditions nous permet d’appréhender les grandes tendances en termes d’évolution de la participation culturelle.
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« Dépenses culture-médias des ménages en France au milieu des années 2000 : une transformation structurelle » MARESCA (Bruno), PICARD (Romain), PILORIN (Thomas) |
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| [Culture Etudes 2011-3] L’analyse de la comparaison des résultats des enquêtes de 2001 et de 2006 relatives aux dépenses des ménages dédiées à la culture et aux médias1 révèle des modifications de la structuration des dépenses en lien avec la crise socio-économique et les évolutions des technologies numériques. Si des effets générationnels apparaissent comme significatifs, on observe une « permanence des disparités entre catégories sociales » et une influence de l’offre en fonction de la taille des communes sur les pratiques. Les auteurs parviennent à identifier trois univers de consommation culturelle. En tenant compte des effets de l’inflation, les dépenses consacrées aux médias et à la culture connaissent une baisse de 1,3% entre 2001 et 2006. Cette baisse se confirme même si l’on tient compte d’un glissement opéré vers le poste « communication » où figurent notamment les abonnements à Internet. Sur cette même période le taux de croissance des dépenses relatives à la télévision continue à augmenter (+21%), la consommation de musique diminue considérablement (-41%2 ) ainsi que les dépenses consacrées à la presse (-11%). Les sorties au cinéma augmentent de 10% quand celles dédiées au spectacle vivant diminuent de 11%. Par ailleurs, on observe une baisse considérable des dépenses relatives aux pratiques artistiques et associatives (-47%). Le taux de croissance des dépenses en informatique et multimédias connait une hausse de 7% bien que l’achat de jeux vidéo diminue de 10%. Certaines de ces évolutions s’expliquent en partie par le développement de services culturels numériques (musique, jeux, presse en ligne) et le basculement de biens vers des services. Enfin la crise économique associée à une crise de confiance et à l’indicateur d’opinion sur le niveau de vie très bas en 2006 fait que les dépenses culture-médias ne sont pas prioritaires. Le volume le plus élevé de dépenses s’observe chez les ménages dont le chef de famille est situé dans la tranche d’âge des 45-54 ans et ayant a charge des enfants et/ou adolescents. En parallèle on observe un vieillissement des tranches d’âges « les plus consommatrices de culture et de médias » [45-54 ans], de 2001 à 2006 un déplacement s’observe de la tranche des 35-45 ans vers celles des 45-54 ans. Ce constat couplé à celui d’une précarisation grandissante des jeunes permet de poser qu’il existe un effet générationnel en lien avec le pouvoir d’achat et les pratiques culturelles. Les classes supérieures restent sans surprise les plus consommatrices de culture : un taux supérieur de 2,2% est observé chez les cadres par rapport aux ménages où le chef de famille est ouvrier. Ce phénomène s’observe également pour les dépenses en matière de communication. L’outil informatique continue quant à lui à se démocratiser fortement notamment auprès de la population étudiante. Par ailleurs au-delà des influences de la catégorie socioprofessionnelle d’appartenance, de l’âge, et du niveau d’étude, la taille de la commune de résidence agit sur la part des dépenses culturelles. En effet, ce type de dépenses augmente avec la taille de l’unité urbaine. Une typologie de la structure des dépenses culture-médias est proposée à l’aide de 4 axes que constituent la répartition par registres (cinéma, spectacle vivant, micro-informatique…) en regard du revenu des ménages, l’âge et les registres dits traditionnels n’ayant pas connu de bouleversements technologiques et/ou ceux directement liés aux technologies de l’information, la distribution des dépenses en fonction des revenus sur les registres relevant d’une culture dite populaire ou d’une culture distinctive et les registres appréhendés en termes de consommation passive ou active. Ainsi trois types de consommation se dessinent :
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« L’enfance des loisirs – éléments de synthèse » OCTOBRE (Sylvie), BERTHOMIER (Nathalie) |
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| [Culture Etudes 2011-6] Cette enquête longitudinale conduite entre 2002 et 2008 en quatre phases successives auprès de 4 000 enfants natifs du numérique de 11 ans à 17 ans dans le cadre d’une coopération entre les ministères de la Culture et de l’Education Nationale a permis d’observer l’évolution des pratiques culturelles de la « fin de l’enfance à la grande adolescence ». Les résultats interrogent non seulement l’éducation artistique et culturelle mais aussi la transmission des pratiques et des valeurs culturelles. L’objectif principal a porté sur les effets de l’avancée en âge, de l’origine sociale et du genre sur la « construction du goût » avec une prise en compte des facteurs de socialisation que sont la famille, l’école, les institutions culturelles et les pairs dans un contexte en mutation. Au fil de l’évolution de l’âge des enfants, on identifie un déclin ou une stabilisation de certaines pratiques quand d’autres deviennent emblématiques de ce que l’on nomme communément la culture jeune. Aussi si la pratique télévisuelle quotidienne se situe à 81% à l’âge de 11 ans, elle passe à 17 ans à 66%. La lecture quotidienne de livre diminue considérablement : située à 33.5% à 11ans et à 9% à 17ans. Le déclin s’observe globalement sur l’ensemble des pratiques de lecture qu’il s’agisse de la presse, de magazine ou encore de bandes dessinées. Les pratiques artistiques et/ou sportives sont stables. Enfin à l’adolescence, on observe une croissance des activités en lien avec la pratique de l’ordinateur (de 14.5% à 69%) et l’écoute de la musique. Les types de sorties se différencient également en fonction de l’avancée de l’âge avec une baisse de fréquentation des institutions culturelles (théâtre, musées, bibliothèque) au bénéfice des scènes de musiques actuelles et des salles de cinéma. Les sorties spécifiques à l’enfance telles que les parcs d’attraction, les zoos, le cirque évoluent à l’adolescence vers des pratiques sportives ou encore vers les discothèques. Le genre et l’origine sociale impactent directement les pratiques culturelles de l’enfance et de l’adolescence, aussi on constate que le jeu vidéo est une pratique masculine s’affirmant avec l’âge (à 17 ans, ce sont 29,5% des garçons qui jouent quotidiennement au jeu vidéo et seulement 3 % de filles). La lecture quant à elle se caractérise par la catégorie socioprofessionnelle d’appartenance du chef de famille avec un taux nettement supérieur chez les enfants et adolescents de cadres : en effet à 11 ans 43,5% des enfants de cadres lisent quotidiennement des livres pour 29% des enfants d’ouvriers et, à 17 ans se sont 16,5% des enfants de cadres qui continuent cette pratique de la lecture pour 5,5% des enfants d’ouvriers, soit 3 fois moins). L’influence du numérique ne se limite pas à des modifications de pratiques et/ou de supports mais constitue selon les auteurs un véritable bouleversement en termes de valeurs culturelles pour cette génération. L’ordinateur et la téléphonie mobile permettent le développement de multiples usages (consommation passive et/ou active, pratiques de production) simultanés. Les différentes influences (famille, fratrie, pairs (copains) et école) agissant dans le processus de transmission culturelle sont identifiées et analysées en regard des choix opérés par l’enfant pour construire son « propre répertoire de goûts ». |
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« Pratiques culturelles, 1973-2008 : dynamiques générationnelles et pesanteurs sociales » DONNAT (Olivier) |
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| [Culture Etudes 2011-7]Nous disposons aujourd’hui de cinq éditions3 de l’enquête sur les pratiques culturelles des français conduite par Olivier Donnat du Département des Études, de la Prospective et des Statistiques, ce qui permet à ce dernier d’envisager une analyse rétrospective couvrant la période allant de 1973 à 2008, des matériaux recueillis élaborée en deux parties. Dans un premier temps, le taux d’évolution pour chaque activité présente dans les cinq enquêtes est interrogé (augmentation, diminution, tendance, inflexion…) pour la population française de façon globale. Un second temps s’attache à repérer si ces évolutions relèvent de catégories de population (constituées en regard de l’âge, du sexe, du milieu social et du lieu de résidence) ou si l’on peut considérer qu’il s’agit « d’évolution structurelle de la population » ou encore si cela renvoie à de réels changements générationnels.
Quatre grandes tendances sont ainsi identifiées : le développement continu d’une culture de l’écran couplée à une augmentation de l’écoute musicale quotidienne, une baisse significative de la lecture d’imprimés, l’augmentation des pratiques en amateur, et un taux de fréquentation des institutions culturelles à la hausse. Si la montée spectaculaire et massive des pratiques en lien avec l’audiovisuel (télévision et écoute de la musique), qui s’explique par une offre croissante et diversifiée couplée à un accès facilité, a bénéficié à l’ensemble de la population, la prise en compte de l’âge et du niveau de diplôme font apparaître des différences de pratiques. Ainsi la consommation de télévision recule chez les jeunes [15-24ans] diplômés, ce phénomène s’accentue en 2008 avec les pratiques associées aux nouveaux écrans. A l’inverse ce sont les personnes situées dans la classe d’âge des 60 ans les moins diplômés qui ont une consommation intensive de télévision. L’écoute musicale quotidienne s’est quant à elle étendue à l’ensemble des milieux sociaux et des âges. Pour la lecture, une baisse globale s’observe tant du point de vue des livres que de celui de la presse quotidienne payante pour toutes les catégories de la population. Le fait le plus marquant réside dans la diffusion en ligne des journaux ayant eu pour effet une baisse de lecture notamment très prononcée pour les milieux aisés s’étant familiarisés avec les « nouveaux modes d’accès Internet ». L’âge et le genre sont les deux critères à retenir du point de vue d’une différenciation de la pratique de lecture de livre pour laquelle une réduction des disparités sociales s’observe, y compris pour le milieu ouvrier grâce aux femmes. En effet la féminisation du lectorat est une tendance très affirmée, couplée à un vieillissement. En s’intéressant à la question de la fréquentation des bibliothèques, on constate que ce sont également les femmes qui ont participé à un effet de hausse sur la période 1973-1997 avant de voir apparaître dans l’enquête de 2008 une diminution fortement corrélée aux nouveaux services culturels offerts en ligne. Tout en augmentant, les pratiques artistiques en amateur se féminisent et se démocratisent, et sont aussi, à partir de 2008, pour la part de pratiques dites traditionnelles, affectées par une régression sensible au bénéfice des pratiques sur écran notamment pour les jeunes. Les pratiques de sorties ont connu également une progression constante corrélée à un élargissement des classes d’âges, aux politiques d’aménagement culturel, sans réduction toutefois des « écarts entre milieux sociaux ». La sortie au cinéma a évolué de 1973 à 2008 vers une meilleure répartition territoriale, plutôt caractérisée en début de période par un public jeune et masculin, ces traits se dissipent pour s’élargir à l’ensemble des classes d’âges et moins de différences entre genre. On note qu’à partir de 2008 la fréquentation des salles de cinéma s’inscrit dans des pratiques plus occasionnelles. La tendance observée pour le spectacle vivant va dans le sens d’un vieillissement des publics. Ces éléments rétrospectifs conduisent Olivier Donnat à tirer des enseignements en regard principalement des critères du genre, de l’âge et du milieu social d’appartenance des personnes enquêtées constituant trois axes féminin/masculin, juvénile/sénior, et cultivé/populaire. En tout premier lieu, on observe que « les choses n’ont guère évolué en trente-cinq ans ». En effet, les inégalités sociales et territoriales dans le domaine des pratiques culturelles demeurent de façon prégnante : un niveau de diplôme élevé implique toujours des pratiques culturelles élevées. En second lieu, les évolutions constatées relèvent d’un effet générationnel conduisant au vieillissement des publics pendant qu’une rupture s’opère en termes de mutation générationnelle (nous conservons en vieillissant les habitudes culturelles acquises durant notre jeunesse). Enfin la féminisation des pratiques en lien avec la scolarisation accrue des femmes constitue une caractéristique de cette période. Pour l’auteur l’évolution des pratiques culturelles doit s’envisager d’un double point de vue : « le premier souligne la permanence d’une forte stratification sociale des pratiques culturelles et confirme la pertinence des schémas théoriques articulés autour de la notion de capital culturel, tandis que le second met en lumière la force des mutations générationnelles, rappelant que les formes de la domination culturelle, loin d’être éternelles, se renouvellent en liaison avec les transformations de la structure sociale, des conditions d’accès à la culture et des modes d’expression artistique. ». Aucune modification spectaculaire ne s’enregistre pour les résultats abordés selon la catégorie socioprofessionnelle sur l’axe cultivé/populaire à l’exception du cirque et de la lecture quotidienne de journaux. Le cirque a cessé au fil du temps d’être considéré comme populaire, quant à la lecture de quotidiens, elle n’est plus l’apanage des catégories aisées mais celles des personnes âgées. La fréquentation des lieux culturels reste structurée selon un même ordre hiérarchique avec les cadres supérieurs en tête et les ouvriers « toujours en retrait ». Même s’il convient de tenir compte ici des limites identifiées des cinq enquêtes (la non prise en compte de la diversification de l’offre publique et commerciale d’une part, et l’augmentation et les modifications structurelles de la population française d’autre part), l’écart entre milieux sociaux reste identique. L’augmentation des « publics de la culture » relève en fait d’un effet de démocratisation scolaire (doublement de la population titulaire d’un diplôme équivalent au BAC ou supérieur). On observe globalement un vieillissement des publics (au même titre que le vieillissement de la population française) avec une participation culturelle accrue des séniors (lecture de quotidiens et de livres, concerts classiques…). Les activités des jeunes sont centrées sur le cinéma et/ou les concerts et/ou pratiquer en amateur. Ce vieillissement est à mettre en regard d’un phénomène de juvénilisation des pratiques culturelles notamment du aux stratégies commerciales des industries culturelles. Enfin un phénomène de féminisation s’observe pour l’ensemble des activités culturelles à l’exception de la télévision. Ce phénomène est à rapprocher du progrès de scolarisation pour le genre féminin, de l’augmentation du nombre de femmes plus diplômées que les hommes pour les générations nées à partir de 1960 (souvent dans des disciplines littéraires ou artistiques) et du fait que l’emploi féminin est souvent en lien avec la sphère culturelle. |
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